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Revue Chameaux, « Œuvres francophones et ironie »

Les œuvres francophones, qu’elles relèvent des champs littéraire, cinématographique ou autre, ont parfois été considérées comme un reflet de la société au détriment de leur valeur artistique. On remarque certaines tendances contemporaines de la critique qui font des textes littéraires francophones, par exemple, des documents à valeur historique ou politique1. Cet intérêt marqué pour le contenu, pour le référent réel, tend à négliger la médiation que suppose toute écriture, et explique que les procédés rhétoriques aient été relativement peu étudiés.
En gardant à l’esprit que les écrivains (qu’il s’agisse de romanciers, de dramaturges, de poètes) et les cinéastes construisent des mondes autonomes, avec leur propre cohérence, et qu’ils répondent à des préoccupations esthétiques en ayant recours aux procédés formels les plus divers, on observe que certains traitements sont privilégiés dans les œuvres francophones. C’est le cas de l’ironie qui, par « l’idée de contraire, ou de contradiction, entre sens explicite et sens implicite2 » qu’elle suppose, permet d’ouvrir une dimension critique au sein des œuvres. Comme l’explique Justin K. Bisanswa,

l’ironie désigne habituellement l’art de dire le contraire de ce que l’on pense ou de donner les apparences d’une ignorance simulée pour mieux souligner celle d’une autre personne. Elle peut aussi consister en un retour sur soi-même par lequel, faisant semblant de se moquer du malheur, on en exprime fortement l’impression. En somme, l’ironie joue sur les rapports entre l’effet et la cause d’une expression, d’une idée, d’une situation ou d’un comportement. Elle est à cet égard un langage stratégique qui sert la cause de la dénonciation, par la raillerie, le sarcasme, l’insinuation3.

Les œuvres francophones d’Afrique, du Maghreb, des Antilles, et de toutes les littératures ayant parfois été qualifiées de « périphériques » par rapport à un centre (en l’occurrence, la France) entretiennent un rapport critique avec le discours social, l’histoire officielle, l’institution littéraire, le rôle de l’écrivain, etc., que l’ironie permet de rendre sur un ton humoristique. C’est aussi par l’ironie que les artistes francophones s’emploient à déconstruire certains stéréotypes, à représenter la rencontre entre les cultures ou à aborder des enjeux identitaires et ce, au cours du processus esthétique et réflexif de la création. Les œuvres d’Aimé Césaire, de Valentin-Yves Mudimbe ou de Jean Muno, pour ne nommer que ces auteurs, rendent compte des différents rôles que peut jouer l’ironie. Il s’agira donc, dans ce neuvième numéro de Chameaux, de montrer de quelle manière les écrivains ou les artistes de la francophonie hors France utilisent l’ironie pour dire l’histoire, le social, pour se dire et, ultimement, pour réfléchir au rôle de l’artiste.
Les contributions devront prendre la forme d’analyses (ton universitaire) ou d’essais (ton plus personnel). Pour ce numéro, Chameaux est également ouvert à recevoir des textes de création littéraire si ceux-ci explorent une tonalité ironique. La longueur attendue des textes varie entre 4000 et 6000 mots.
La date de tombée de ce neuvième numéro est le 20 juin 2015. La revue Chameaux est désormais publiée numériquement. La parution du neuvième numéro est prévue pour l’hiver 2016. Vous pouvez soumettre vos contributions en ligne ou nous les faire parvenir à chameaux@lit.ulaval.ca. N’hésitez pas à nous écrire à cette adresse si vous souhaitez obtenir plus d’information. Nous vous invitons à conformer votre texte au protocole éditorial de la revue (http://revuechameaux.org/accueil/soumission-de-texte) avant de le soumettre. Veuillez prendre note que les propositions d’articles ne seront pas évaluées, mais seuls les textes entiers. Au plaisir de vous lire !
Créée en 2008 afin de permettre la diffusion de textes d’étudiants et de jeunes chercheurs, la revue Chameaux est un espace de publication à dominante critique qui s’intéresse à la littérature et aux différentes disciplines qui lui sont liées.

Comité de coordination

Suzette Ali, UQAM
Amélie Michel, Université Laval
Marie-Laurence Trépanier, Université Laval 

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