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Université Laval
Journée d'étude

Journée d'étude interdisciplinaire « Traduction littéraire et traduction pragmatique : asymptotes, tangences, intersections »

24 août 2015
Université Laval
Local DKN-3244

Cette journée d’étude interdisciplinaire vise à aborder les aires de divergence et de convergence, les différences et confluences entre traduction littéraire et traduction pragmatique (ou dite « spécialisée »). Cette réflexion épistémologique sera alimentée non seulement par les apports de traductologues, dont certains œuvrent à cheval sur ces deux domaines dichotomisés sinon antagonisés, mais aussi par ceux de chercheurs issus des domaines extérieurs ou connexes à la traductologie et dont celle-ci se nourrit, en l’occurrence la lexicologie, la théorie littéraire et le droit.

Programme

  • 9 h : accueil
  • 9 h 05 : mot de bienvenue de Michel De Waele, Doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines
  • 9 h 10 : mot de bienvenue de Marie-Hélène Côté, directrice du Département de langues, linguistique et traduction
  • 9 h 15 : mot de bienvenue de René Audet, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ-Université Laval)
  • 9 h 20 : introduction  à la journée d’étude
  • 9 h 30 : Valérie Bouchard (Faculté de droit, Université Laval)
    « L’auteur de droit / l’auteur en droit »
  • 10 h 15 : Bruno Courbon (Département de langues, linguistique et traduction, Université Laval)
    « Usages plus ou moins spécialisés et expertise des usagers : du réel lexical à la réalité lexicographique »
  • 11 h 00 : Andrée Mercier (CRILCQ, Département des littératures, Université Laval)
    « La vraisemblance et l’adhésion à la fiction »
  • 11 h 45 : pause-dîner
  • 13 h 00 : Hélène Buzelin (Département de linguistique et traduction, Université de Montréal)
    « L’adaptation – Au croisement des domaines littéraire et pragmatique »
  • 13 h 45 : Patricia Godbout (Département des lettres et communication, Université de Sherbrooke)
    « Quelques considérations de forme et de fond en traduction des sciences humaines et sociales et en traduction littéraire »
  • 14 h 30 : Nicolas Froeliger, Université Paris 7-Diderot
    « Oui mais… : des apories théoriques et pratiques du couple traduction littéraire-traduction pragmatique »
  • 15 h 15 : Isabelle Collombat (CRILCQ, Département de langues, linguistique et traduction, Université Laval) 
    « La traduction littéraire est-elle une traduction spécialisée comme les autres ? » 
  • 16 h : synthèse et discussions
  • 16 h 45 : clôture


Participants et résumés

Valérie Bouchard (Faculté de droit, Université Laval) 
« L’auteur de droit / l’auteur en droit »

Le droit est un ensemble de normes hiérarchisées et interdépendantes et l’auteur est à la fois participant et organisé par l’ordre normatif. Lorsqu’il participe au droit, il est créateur de normes juridiques contraignantes ; lorsqu’il est organisé par le droit, il est indéfini.
L’auteur établit des normes primaires. Il est l’auteur de lois qui s’appliquent de manière universelle et contraignante. Il est l’auteur de décisions de justice qui tranchent un litige au bonheur ou au malheur des parties.
L’auteur produit des normes secondaires. Il est l’auteur d’une littérature nommée « doctrine ». Si la doctrine n’a pas d’effet normatif en soi, elle persuade et influence les normes primaires. L’effet de la doctrine dépend de la notoriété de son auteur et de la force de son interprétation.
Ainsi, l’auteur qui participe à l’ordre normatif est une autorité.
Or, lorsque l’auteur est organisé par l’ordre normatif, lorsque l’auteur est envisagé dans sa fonction créatrice, lorsqu’il est l’auteur d’une œuvre de droit d’auteur, il est indéfini, non-qualifié, diaphane, à la fois partout et nulle part, dépourvu d’intention, mais absolument individualiste, porté par la force de sa volonté.

Hélène Buzelin (Département de linguistique et traduction, Université de Montréal)
« L’adaptation – Au croisement des domaines littéraire et pragmatique »

En traductologie, l’adaptation a été d’abord définie comme un procédé de traduction culturelle constituant en quelque sorte la limite extrême de la traduction, aux antipodes de l’emprunt (Vinay et Darbelnet 1958). À cette acception restreinte, et généralement acceptée, s’ajoute un sens plus général selon lequel l’adaptation serait une « traduction libre », s’écartant de la lettre et privilégiant les thèmes de l’original indépendamment de sa forme (Delisle 1993). Après avoir exposé les soubassements, apports et limites de ces définitions, puis montré la nécessité de repenser en partie le concept afin d’envisager ses rapports avec celui de traduction sous un angle moins dichotomique, la présente communication explore en quoi l’enseignement de l’adaptation dans les programmes de traduction peut offrir un espace propice à la mise en relief des points d’intersection existant entre les domaines littéraire et pragmatique, domaines trop souvent tenus pour radicalement distincts, voire opposés.

Isabelle Collombat, CRILCQ, Département de langues, linguistique et traduction, Université Laval 
« La traduction littéraire est-elle une traduction spécialisée comme les autres ? » 

La définition des domaines ou champs dans lesquels s’exerce la traduction s’effectue quasi systématiquement selon des dualités traditionnelles opposant littéraire et technique, littéraire et non-littéraire, littéraire et utilitaire, littéraire et pragmatique ou encore littéraire et spécialisé, pour reprendre les discriminations binaires les plus souvent opérées1.
Comme le fait remarquer Scarpa (2010 : 86), cette dichotomie est la seule qui s’opère – l’hyperonyme traduction spécialisée regroupant les différents domaines présentés comme non littéraires –, alors qu’elle oppose 0,03 % de textes littéraires à 99,97 % de textes non littéraires.
Dans un premier temps, il sera ici proposé d’explorer les possibilités de dépasser les traditionnelles dichotomies attachées aux domaines d’exercice pour tenter de considérer la traduction littéraire comme un type de traduction spécialisée et dans un deuxième temps, d’en examiner les conséquences en termes de formation et de pratique professionnelle de la traduction littéraire.
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1. Voir notamment Ladmiral (2010), Lavault-Olléon (2007), Gambier (2000), Froeliger (2004 et 2010), De Carlo (2006) ou encore Besse (1998).

Bruno Courbon (Département de langues, linguistique et traduction, Université Laval)
« Usages plus ou moins spécialisés et expertise des usagers : du réel lexical à la réalité lexicographique »

Les analyses sémantiques sur des corpus d’écriture spontanée révèlent une grande diversité d’usages du lexique, qui dépendent de l’expérience, du degré d’expertise et, donc, de la compréhension que celles et ceux qui les produisent ont des réalités correspondantes. Or, dans les dictionnaires, cette diversité ne peut qu’être résumée, synthétisée, voire aplanie. L’objectif de cette communication sera de proposer une analyse, dans la lexicographie française contemporaine, des parcours possibles – et des présupposés théoriques – qui conduisent à offrir une certaine une vision, conventionnelle, de la réalité lexicale. Cette vision, qui se situe entre description et fiction, est nécessairement abstraite de la diversité des usages réels du lexique.
L’analyse proposée, qui consiste dans une relecture critique de la pratique lexicographique, se fonde sur l’examen d’usages lexicaux d’origine technique ou scientifique tels qu’ils sont produits par des scripteurs plus ou moins connaisseurs des domaines du savoir concernés. Le corpus examiné est composé de commentaires de forums de discussion, d’articles de journaux, ainsi que d’articles de dictionnaires. Dans l’examen de ces derniers, une attention particulière sera portée aux marques d’usage, au contenu des définitions et au choix des exemples. Les informations présentées dans ces rubriques seront mises en regard des pratiques linguistiques observées par ailleurs.

Nicolas Froeliger, Université Paris 7-Diderot
« Oui mais… : des apories théoriques et pratiques du couple traduction littéraire-traduction pragmatique »

Cette intervention propose un tour d’horizon des relations problématiques entre traduction pragmatique et traduction littéraire, tant sous l’angle professionnel qu’en termes de recherche. En effet, la question de l’unité de la traductologie ne se pose peut-être que parce que se pose celle de l’unité de la traduction en général, et de ses deux piliers les plus emblématiques (littéraire et pragmatique, donc) en particulier. Il s’agirait alors d’envisager (1) ce qui les distingue, (2) les limites de ces distinctions, (3) ce qui serait dommage ou inacceptable dans la construction d’une relation, et (4) les possibilités d’organisation de ces apories. Le tout pour conclure qu’avant d’être scientifiques, ces questions sont avant tout chargées d’idéologie et de nature sociologique. Cette approche tient par ailleurs avant tout compte du système français, même si j’ai une certaine connaissance de ce qui se passe ailleurs en Europe, ainsi qu’au Québec et au Canada. Il pourra être intéressant de débattre sur l’importance des facteurs géographiques dans la construction d’une telle architecture.

Patricia Godbout (Département des lettres et communication, Université de Sherbrooke)
« Quelques considérations de forme et de fond en traduction des sciences humaines et sociales et en traduction littéraire »

Dans cette communication, j’aimerais me pencher sur quelques particularités de la traduction en sciences humaines et sociales et sur les liens qui peuvent être établis entre celle-ci et la traduction littéraire, notamment en situation d’enseignement. Dans les textes qu’il a consacrés à la pratique de la traduction de textes de sciences humaines et sociales (1981, 1996), Immanuel Wallerstein insiste sur les problèmes posés par la traduction des concepts, qui sont, selon lui, la pierre angulaire de ce genre de textes. Plus récemment, Joshua Price (2008) incorpore à sa réflexion sur la manière de rendre certaines idées des considérations sur la résonance poétique des termes choisis. J’essaierai dans mon exposé de voir quelles sont les incidences de ces réflexions sur la forme et le fond sur l’enseignement de la traduction de ce type de textes, et quels sont les parallèles à établir avec les débats sur le son et le sens qui ont cours en traduction littéraire.        

Andrée Mercier (CRILCQ, Département des littératures, Université Laval)
« La vraisemblance et l’adhésion à la fiction »

Le texte littéraire, et à plus forte raison le texte de fiction, n’est pas assujetti à une adéquation avec le réel au même titre que, par exemple, le texte scientifique ou journalistique. Certains diront que le récit de fiction repose sur la mise entre parenthèses de la valeur de vérité (Pavel, 2001) ou encore qu’il jouit d’un « privilège aléthique » en étant toujours vrai (Eco, 1998). Cela ne l’empêche pourtant pas de recourir à la vraisemblance dont la fonction première est de rendre la fiction crédible ou recevable. Dans le cadre de ma communication, je propose d’examiner de plus près ce rôle de la vraisemblance. Dans un premier temps, j’examinerai d’un point de vue théorique la question de l’adhésion et du rapport au réel au sein du récit de fiction mais également en dehors de celui-ci, en m’appuyant sur des travaux issus du domaine des études littéraires et principalement de la narratologie. Dans un deuxième temps, j’aimerais soumettre à la réflexion l’exemple du roman L’histoire de Pi de Yann Martel (2003 pour la première édition en français) qui offre au lecteur une véritable expérimentation des modalités d’adhésion à la fiction. Ma contribution à la journée d’étude consisterait à montrer en quoi la vraisemblance permet de spécifier le texte de fiction mais sans perdre de vue qu’elle peut agir aussi au sein de toutes les écritures qui se donnent à lire comme des représentations de la réalité (Bonoli, 2004).

Lorenzo Bonoli, «Écritures de la réalité», Poétique, no 137, février 2004, p. 19-34.

Umberto Eco, Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs, Paris, Le livre de poche (Biblio), 1998 (1994 pour l’édition originale en anglais).

Thomas Pavel, « Comment définir la fiction ? », dans Alexandre Gefen et René Audet (dir.), Frontières de la fiction, Québec/Bordeaux, Nota Bene/Presses universitaires de Bordeaux (Fabula), 2001, p. 3-13.