Activités

Journées d'études « Les humanités numériques dans le monde francophone : repenser l’étude de la culture populaire et médiatique »

Organisées conjointement par le LaboPop et le CRILCQ, sous la responsabilité de Stéfany Boisvert (membre régulière CRILCQ, UQAM), d'Olivier Lapointe (membre étudiant CRILCQ, UQAM) et de Gabrielle Tremblay (membre régulière CRILCQ, UQAM), les journées d'études « Les humanités numériques dans le monde francophone: repenser l’étude de la culture populaire et médiatique » se tiendront à la salle Pierre Bourgault (J-1450) de l'Université du Québec à Montréal les 26 et 27 mai 2022.

Description

Les humanités numériques gagnent en importance depuis plusieurs années maintenant. Les travaux de chercheurs·euses pionniers·ères (Brown, Clements, Grundy et al, 1997; Moretti, 2005; Manovich, 2009), comme les travaux les plus récents en la matière (Underwood, 2019; Drucker, 2020), permettent assurément de penser la grande pluralité de leurs domaines et objets d’application : communication, histoire, sociologie, marketing, sciences politiques, études littéraires, etc. Il n’en demeure pas moins – particulièrement dans le monde francophone – qu’il s’agit d’un domaine de recherche souvent méconnu (au mieux), voire redouté (au pire).

Depuis son inauguration en 2017, le LaboPop investit à sa mesure les humanités numériques et dote les chercheurs·euses qu’il fédère d’une infrastructure rassemblant de manière dynamique des travaux portant sur la culture populaire et médiatique québécoise. En s’intéressant notamment aux romans en séries, au domaine de la chanson, à la littérature radiophonique, à la littérature en fascicules, à la télévision populaire, au cinéma et aux best-sellers, les travaux du LaboPop appréhendent ces différents objets dans une perspective multidisciplinaire, en tant que productions à la fois matérielles, culturelles, médiatiques et formelles afin d’en dégager les aspects systémiques et mieux comprendre l’imaginaire en présence : appropriation d’un objet par différents publics, enjeux socioculturels, aspects transversaux, etc.

Dans la continuité des objets et des travaux du LaboPop, mais en dépassant le cadre du contexte québécois, l’organisation des journées d’études se voulait une invitation à penser les manières dont la culture de grande consommation et la culture médiatique peuvent être abordées au prisme des humanités numériques dans le monde francophone (Europe, Afrique et Amérique). 

Programme

Version courte disponible en ligne.

Programme long

Jeudi 26 mai 2022

10 h

Mot d’introduction

Olivier Lapointe (CRILCQ, UQAM), Chantal Savoie (CRILCQ, UQAM) et Pierre Barrette (CRILCQ, UQAM)

Olivier Lapointe est doctorant en littératures de langue française à l’Université de Montréal, où il termine la rédaction, sous la supervision conjointe de Micheline Cambron et de Michel Lacroix (UQAM), d’une thèse consacrée à l’histoire des regroupements académiques au Québec. Il a œuvré ces dernières années à la mise sur pied de nombreux outils informatiques sur lesquels se sont appuyés divers projets de recherche en sociologie et en histoire de l’art et de la culture dont la Vie littéraire au Québec, NumaPresse et le LaboPop.


Session 1 - Animation : Rachel Nadon (CRILCQ, UQTR)

11 h

Dispositif culturel et usages de la culture locale dans Échos-vedettes : problématiques transversales et humanités numériques

Chantal Savoie (CRILCQ, UQAM) et Pierre Barrette (CRILCQ, UQAM)

Il s'agira dans cette présentation de donner un aperçu de la manière dont ont pu être mis à profit les outils de la base de données du LaboPop pour aborder, selon des perspectives connexes mais transversales, la question de la mise en visibilité des personnalités de la scène culturelles et médiatiques des années 1960. Comme le propose Alain Chénu, « la construction sociale de la Célébrité engage une relation triangulaire entre des personnalités, des publics et des médias ». Nous abordons pour notre part son étude en nous appuyant sur l'analyse d'un corpus de plus de 500 « unes » du magazine Échos Vedettes, qui, entre 1961 et 1971, a accompagné d'importantes transformations dans le cadrage de la célébrité, engendrée notamment par l'arrivée dans le paysage télévisuel de la station de télévision Télé-Métropole. Nous faisons d'abord l'hypothèse que ce nouveau média privé, en offrant une scène privilégiée aux vedettes populaires du musique-hall et de la scène burlesque québécoise, a fortement contribué à bouleverser les paramètres de la visibilité, ce que démontre l'analyse comparative et évolutive des personnalités représentées à la Une du magazine entre 1961 et 1971. Enfin, nous sonderons le potentiel de ce corpus pour poser les bases d'une analyse visant à mieux comprendre la manière dont il contribue à l'analyse des usages de la culture locale (comme « mondes vernaculaires », suivant Meizoz 2021 ; comme « local consumer culture »; Arnould, Craig et Thompson, 2018) et aux récits qui les portent et les révèlent.

Pierre Barrette est docteur en sémiologie, professeur et directeur de l'École des médias de l’UQÀM. Il enseigne la télévision, le cinéma, les théories de la communication et publie d'une part dans le domaine de la sémiologie et de l'analyse des médias, d'autre part à titre de collaborateur à diverses revues culturelles. Spécialiste de la télévision québécoise, il est membre régulier du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoise (CRILCQ), et cofondateur avec Chantal Savoie du Laboratoire de recherches sur la culture de grande consommation et la culture médiatique au Québec. Il consacre ses recherches à la sémiologie des genres, à l'histoire de la télé ainsi qu'aux mutations contemporaines de l'institution télévisuelle.

Chantal Savoie est professeure au Département d'études littéraires de l'UQAM et chercheure au CRILCQ. Spécialiste de l'histoire littéraire et culturelle des femmes, des pratiques culturelles de grande consommation et de la chanson à succès, elle fait partie depuis vingt ans du collectif La vie littéraire au Québec, dont elle codirige les travaux. En plus de cosigner plusieurs tomes de cette série ouvrages parus aux Presse de l'Université Laval, elle est l'auteure de la monographie Les femmes de lettres canadiennes françaises au tournant du XXe siècle (Nota bene, 2014). Tout au long de son parcours, elle a joué un rôle importantdans la création et la gestion d'infrastructures de recherche : elle a cofondé le Laboratoire de recherche sur la culture de grande consommation et la culture médiatique au Québec (FCI LaboPop, UQAM) avec Pierre Barrette, assumé la direction du Centre de recherche interuniversitaire de 2014 à 2018 et soutenu plusieurs jeunes équipes en émergence.


11 h 30

Recherche en musique et humanités numériques : études de cas en histoire de la musique au Québec

Sandria P. Bouliane (CRILCQ, OICRM, U. Laval)

Ces journées d’études se sont présentées comme une occasion de réfléchir à mon expérience de chercheuse en musique, en m’arrêtant sur la place occupée par les technologies numériques dans mon cheminement universitaire. Au fil du temps, je me suis approprié un ensemble de dispositifs, logiciels et interfaces numériques qui m’ont permis de chercher, trouver, classer, organiser, relier, représenter ou générer des données liées à l’histoire de la vie musicale et culturelle de l’entre-deux-guerres. Mais ce sont surtout mes expériences entourant la création de bases de données réalisées seule (par ex. chansons, partitions, maisons d’édition) ou en équipe (par ex. orchestres de danse, acteurs de la vie culturelle, divertissements dans la presse montréalaise, événements de la vie musicale), qui m’ont permis de mieux mesurer l’importance de s’intéresser aux principes de constitution et d’usages de ces outils. 

Pour ma première incursion du côté de la théorie des humanités numériques, j’ai parcouru des travaux de Sarah Bond, Milad Doueihi, Johanna Drucker, Pierre Mounier et Safiya Noble qui ont montré que les technologies numériques ne sont pas neutres, pas plus que les archives numériques ou les agrégats de données ne représentent une totalité des faits étudiés. Toutefois, c’est précisément cette conscience des limites des sources ou données et des biais potentiels de leurs interprétations ou représentations numériques qui me permet à la fois de garder une distance critique vis-à-vis les technologies numériques, d’explorer des sujets inattendus et de développer de nouvelles méthodes de recherche. Dans cette présentation, mes réflexions seront développées à partir d’une sélection d’expériences de recherche menée dans le domaine de la musique et de la culture populaire au Québec.

Sandria P. Bouliane est professeure adjointe de musicologie à la Faculté de musique de l’Université Laval. Elle est membre régulière de l’OICRM-Ulaval et membre régulière du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ-Ulaval). Spécialiste de l’histoire de la musique au Québec et plus spécifiquement de la première moitié du XXe siècle, son approche interdisciplinaire fait des ponts avec l’histoire des médias sonores et des arts de la scène dans une perspective de décloisonnement des genres musicaux. Elle s’intéresse particulièrement aux échanges interculturels entre le Québec et les États-Unis, à la migration des œuvres et des musiciens et à l’histoire des supports et médias musicaux. Elle est chercheuse principale du projet «La vie musicale au Québec : pour un décloisonnement de l’histoire, 1919-1952» (CRSH 2020-2022, avec Blais-Tremblay et Risk) et cochercheuse des projets Changing the Colonial Narrative in Music History (CRSH 2021-2023, avec Walker et Pearse) et Recensement des initiatives culturelles québécoises mises en œuvre au temps de la COVID-19 (avec Guay et Leroux 2020-2022).


12 h

Malbouffe, gastronomie et culture médiatique au Québec (2005-2019)

Pascal Brissette (Université McGill, CRIEM)

André Belleau a assez répété que, ce qui était obscène au Québec, ce n’était pas la culture populaire, mais la culture savante et élitiste. À travers le langage et les attributs de personnages romanesques, il a montré l’opposition et la victoire systématique du populaire sur le « cultivé ». Est-il possible que cette opposition ne soit plus structurante? S’intéressant au roman de Suzanne Jacob Rouge, Mère et Fils, Michel Biron soutenait il y a quelques années qu’au tournant du nouveau millénaire, culture populaire et culture élitiste, en matière d’alimentation, n’étaient plus antithétiques. Le concept de culture populaire a-t-il encore la capacité de décrire quelque chose de précis dans l’ordre des imaginaires collectifs? Dans une société comme celle du Québec, souvent décrite par les sociologues comme une « folk-society », où se situe le point de rupture entre le populaire et ce qui ne l’est plus?

Nous partirons de cette question pour explorer un corpus médiatique contemporain (2005-2019) portant sur l’alimentation humaine au Québec. On observera le traitement et les valeurs associées à des objets culturels tels les food-trucks et les snack-bars, puis on tentera de débusquer, au sein des quelque 30 000 articles moissonnés, leur envers, la place qui est faite à des objets alimentaires qui ne sont pas "pour tous", "populaires", et les conditions de leur affleurement à la surface du discours médiatique.

Articles cités: André Belleau, « Culture populaire et culture “sérieuse” dans le roman québécois », Divergences: la littérature québécoise par ses écrivains, vol. 19, no 3, mai-juin 1977, p. 31-36. Michel Biron, «Ris de veau et poutine. Lecture de Rouge, mère et fils de Suzanne Jacob», Discours social / Social Discourse, vol. 7, 2002, p. 159-169.

Pascal Brissette est professeur à l'Université McGill depuis 2006. Il s’est intéressé dans ses recherches aux récits collectifs et, plus récemment, aux humanités numériques et à l’analyse des données textuelles. Il a fondé en 2012 le Centre de recherches interdisciplinaires en études montréalaises (CRIEM), dont il est directeur. Depuis 2019, il dirige également le Pôle d'analyse de données sociales, un projet mené en partenariat avec le Laboratoire d'innovations urbaines de la Ville de Montréal et Centraide du Grand Montréal. Dans le cadre de ce projet, il a mis sur pied un laboratoire d'analyse des discours et des récits collectifs (LADIREC) pour l'analyse de grands corpus médiatiques et littéraires.


12 h 30 - 13 h 30

Lunch


Session 2 - Animation : Juliette Lavallée (UQAM)

13 h 30

Les dévoilements d’agressions à caractère sexuel au petit écran

Caroline Dépault (UQAM)

De #agressionnondénoncée à #moiaussi jusqu’à la vague de dévoilements qui a eu lieu à l’été 2020, l’enjeu des violences sexuelles en est un qui occupe davantage d’espace médiatique au Québec. Les vagues de dévoilements se multiplient et amènent avec elles plusieurs questions autour de l’acte de dénoncer telles « pourquoi attendent-elles si longtemps? » « Pourquoi ne pas dénoncer à la police? » «Pourquoi le font-elles de manière anonyme? (Maheu, 2014 ; Tremblay, 2015). La manière de dévoiler une agression fait toujours autant réagir et plus les vagues de dévoilements se succèdent, plus il semble y avoir des tentatives visant à les encadrer et les baliser. 

En regard de ce constat, il semble donc pertinent de s’intéresser aux processus de dévoilement et leur représentation dans la culture populaire et la fiction. Notre projet portera donc sur le traitement de la thématique des dévoilements d’agressions sexuelles au petit écran, plus précisément sous la question « Comment sont représentés les dévoilements d’agressions à caractère sexuel dans l’univers des séries télévisuelles québécoises? ». Nous nous intéresserons aux personnages féminins qui dévoilent une agression à caractère sexuel dans un corpus de cinq séries télévisuelles soit Unité 9 (2012-2019), Les Simone (2016-2018), Blue Moon (2016-2018), Ruptures (2016-2019) et M’entends-tu ? (2018-2021). Nous profiterons également de cette présentation pour discuter plus spécifiquement des enjeux méthodologiques relatifs à la recension et à l’analyse de séries télévisées sur une thématique précise comme celle du dévoilement.

Caroline Dépault est candidate à la maitrise en Communications, concentration études féministes. Elle s’intéresse, sous une approche féministe, aux grandes thématiques que sont la culture populaire, les études médiatiques, plus précisément les études de la télévision ainsi que les sujets touchant l’éducation à la sexualité positive et les violences sexuelles. Elle occupe depuis quelques années un poste en prévention et en communication pour un organisme national luttant contre les violences sexuelles. Son projet de recherche à la maitrise lui permet de croiser ces deux sphères de vie en s’intéressant aux représentations des dévoilements d’agressions à caractère sexuel dans l’univers des séries télévisuelles québécoises. Elle détient également un diplôme en Relations publiques ainsi qu’un certificat en études féministes à l’Université du Québec à Montréal.


14 h 00

L’analyse vidéographiques au service d’une appproche critique et queer des séries télévisées québécoises

Stéfany Boisvert (CRILCQ, UQAM) et C. Boisvert (UQAM)

Cette présentation portera sur les analyses critiques vidéographique que nous réalisons actuellement, dans le cadre d’un projet de recherche portant sur les contenus originaux francophones produits pour les services de TPC canadiens. De plus en plus populaire au sein des études cinématographiques et télévisuelles (Morton, 2017; Keathley, Mittell et Grant, 2019; Mittell, 2022), l’analyse critique vidéographique (videographic criticism) consiste à utiliser le même langage audiovisuel que les productions culturelles analysées afin de communiquer les résultats de recherche. En bousculant la vision dichotomique de la « recherche » et de la « création », l’analyse vidéographique permet ainsi une plus grande accessibilité de la recherche universitaire et favorise une réflexion critique sur la création audiovisuelle à l’ère numérique. 

Après avoir présenté quelques-unes des voies créatives qui peuvent être empruntées pour réaliser une analyse critique vidéographique, il sera question plus concrètement de la manière dont nous travaillons à la création d’essais vidéo dans le cadre de notre projet de recherche. Sous une forme didactique ou plus expérimentale, chaque analyse vidéographique permet de mettre en lumière certaines tendances narratives que nous avons identifiées au sein des séries télé québécoises produites pour les plateformes de streaming canadiennes. Nous montrerons entre autres l’utilité que peut revêtir ce type d’analyse vidéo pour l’élaboration d’une critique queer de la production audiovisuelle : pour ce faire, nous aborderons plus spécifiquement l’exemple des (fem)slash fictions qui consistent à détourner le sens d’une œuvre et à proposer des lectures subversives et queer qui s’opposent à l’hétéronormativité des productions originales (Dhaenens, van Bauwel et Biltereyst, 2008; Kohnen, 2008). De diverses manières, l’analyse vidéographique peut donc favoriser une meilleure compréhension de la production audiovisuelle à l’ère numérique, dans un contexte marqué par la surabondance des contenus, de même que la démultiplication des chaînes et plateformes de diffusion.

Stéfany Boisvert est professeure à l’École des médias de l’UQAM. Elle se spécialise dans l’étude de la télévision, de la sérialité, des nouvelles plateformes numériques et de la culture populaire, en s’intéressant plus particulièrement aux enjeux féministes, de genre et de diversité reliés aux nouvelles productions médiatiques et sérielles. Entre autres projets, elle réalise actuellement une recherche sur la production de contenus originaux francophones sur les services de télévision par contournement au Canada.

C. Boisvert est étudiant.e à la maîtrise en communication à l’UQAM. Ayant toujours eu à coeur l'analyse de la diversité sexuelle et de genre dans les médias, iel s'intéresse actuellement à la manifestation de la queerness au travers de la monstruosité dans les productions médiatiques par des créateur.trice.s indépendant.e.s.


14 h 30

La potentialité féministe et queer de la métapornographie

Julie Lavigne (UQAM) (présentatrice) et Sabrina Maiorano (UQAM)

La réappropriation de certains codes de la pornographie mainstream (commerciale et hétérosexuelle) dans les pornographies féministes ou queers a pour conséquence de produire un discours de nature souvent explicite sur la pornographie. Dans cette communication, nous allons faire état d’une part des résultats de deux projets de recherche : Pornographie critique, féministe, queer et post-pornographie: contours d'une pratique émergente (2013-2016) et Représentation de la sexualité des femmes dans les objets culturels contemporains : évolution du rôle des femmes dans les scripts sexuels (2018-2024). Dans ces deux projets, nous avons réalisé des analyses textuelles, à l’aide d’une grille d’observation, d’un corpus de films principalement américains, français, espagnols et suédois (35 longs métrages et 30 courts métrages réalisés entre 1995 et 2015 dans le premier projet, et dans le second, 3 longs métrages, 17 moyens métrages et 2 courts métrages réalisés entre 2018 et 2020). Cette grille d’observation réalisée à partir de la théorie des scripts sexuels, du concept d’agentivité sexuelle et des propositions de Linda Williams sur la pornographie mainstream, a été bonifiée inductivement dans le premier projet. La métapornographie figure parmi les items ajoutés de manière inductive à la suite de nombreuses occurrences. Le préfixe « méta » tel que nous l’entendons renvoie au domaine de la sémiologie et des études littéraires à travers les concepts de métalangue, métalinguistique, métalittérature ou métafiction. Le concept développé dans les recherches antérieures de la chercheuse principale (Lavigne 2014, 2009, 2007) signifie une production visuelle de nature pornographique qui offre un discours critique ou du moins autoréférentiel. Dans cette présentation, nous voulons expliciter comment s’opèrent la métapornographie et les significations qui y sont associées. 

Julie Lavigne est historienne de l’art et professeure titulaire au Département de sexologie de l’UQAM. Elle est membre professeure du Réseau québécois en études féministes et de l’Institut d’études et de recherches féministes. Après avoir obtenu son doctorat en histoire de l’art de l’Université McGill, elle a effectué un stage postdoctoral au Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal (CRÉUM). Ses recherches portent sur l’art contemporain féministe, la représentation de la sexualité en art et dans les téléséries et la pornographie féministe et queer. Elle a publié l'ouvrage La traversée de la pornographie aux éditions du Remue-ménage, en plus de codiriger le numéro Femmes et pouvoir érotique pour la revue Recherches féministes. Elle a aussi publié des textes dans les revues Glad !, Feminist Media Studies, Genre, sexualité & société, Recherches féministes, Les Ateliers de l’éthique, Symposium: Revue canadienne de philosophie continentale, Protée.


15 h -15 h 10

Pause


Session 3 - Animation : Caroline Loranger (CRILCQ, LaboPop, UQAM)

15 h 15

L’exhaustivité à rebours : diktats et apories de la raison numérique (Entre Georges Perec et Damien Robitaille)

Bertrand Gervais (NT2, Figura, UQAM)

Le 16 mars 2020, le chanteur franco-ontarien Damien Robitaille enregistre une version de « Isolation », la chanson de John Lennon. La vidéo est mise en ligne le 17 avril sur la chaine Youtube du chanteur. Nous sommes en confinement depuis trois jours au Québec, en raison de la pandémie. Seul au piano, vêtu de noir, installé devant un mur recouvert d’une toile gris foncé, le musicien entreprend l’interprétation de cette chanson consacrée, comme l’indique son titre, à l’isolement.

Le franco-ontarien ne va pas en rester là, il va se prendre littéralement au jeu et multiplier les interprétations de chansons, tirées du best-of du répertoire pop-rock mondial. En date de janvier 2022, Robitaille a mis en ligne sur Youtube plus de 230 vidéos… Ce qui en fait environ une vidéo aux trois jours. En regardant toutes ces vidéos diffusées sur Youtube, on se demande : qu’est-ce qui peut conduire un artiste à pousser la logique d’une telle production à son extrême? Qu’est-ce qui le conduit à rechercher une telle exhaustivité, une telle systématicité, qui tient de la tentative d’épuisement?

Il participe en fait d’une raison numérique. C’est-à-dire d’un mode de pensée ancré dans la culture numérique, culture qui se déploie actuellement sous nos yeux et qui se construit en fonction des outils et des dispositifs que l’informatique et la mise en réseau de nos écrans mettent à notre disposition. Pour illustrer ce fait, je commencerai par revenir sur l’idée des tentatives d’épuisement, qui participent à la fois à la culture du livre et à la culture numérique et de l’écran. J’explorerai ensuite les formes d’enjambement entre les deux logiques culturelles par le biais d’un ensemble de projets artistiques qui fondent leur démarche sur une remédiatisation (Bolter et Grusin, 1999) à rebours de données numériques. Le processus vient révéler certaines différences irréconciliables entre les deux logiques, qui permettent de mieux comprendre la transition dans laquelle nous sommes engagés. Et, comme on le verra, la quête d’exhaustivité y apparaît comme un révélateur important de cet écart que nous sommes conduits à chevaucher de façon récurrente.

Cette communication est rédigée dans le cadre du programme de recherche « Archiver le présent. Imaginaire de l'exhaustivité dans les productions culturelles contemporaines » (CRSH). Il repose en grande partie sur la collection d’œuvres au cœur du projet http://archiverlepresent.org/, qui a été monté pour en soutenir le développement.

Bertrand Gervais est professeur au Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les arts et les littératures numériques, ainsi que le directeur du NT2, créé en 2004. Il est le chercheur principal du partenariat CRSH Littérature québécoise mobile (2019-2024). Il a fondé et dirigé Figura, le Centre de recherche sur le texte et l'imaginaire de 1999 à 2015. Il est le directeur adjoint de la revue savante Captures. Figures, théories et pratiques de l'imaginaire. En 2018, il a reçu le Prix d'excellence pour l'informatique dans les arts et les sciences humaines de la Société canadienne des Humanités numériques et il a été élu à l'académie des arts, des lettres et des sciences humaines de la Société royale du Canada. Il mène des recherches sur les théories de l'imaginaire, sur le contemporain et sur le numérique. Ses derniers titres sont: Mind the Gap! Attention à la marche! Penser la littérature électronique en culture numérique (édité avec Sophie Marcotte aux Presses de l'écureuil en 2020); Architectures of Memory / Architectures de mémoire (édité avec Jean-Marie Dallet aux Presses du Réel, 2022/2019), Soif de réalité. Plongées dans l'imaginaire contemporain (collectif paru aux éditions Nota Bene en 2018) et le roman La dernière guerre (éditions XYZ, 2017).


15 h 45

Comment Vénus est devenue « instagramable »

Adrien Jeanrenaud (Visual Contagions, Université de Genève, Suisse)

Depuis au moins l'Antiquité, Vénus est un mythe qui suit la conscience humaine et lui sert de modèle. Par la littérature, la musique, la peinture, le cinéma, entre autres, se façonne une image vénusienne polymorphe. Éclatée dans différents médiums, Vénus apparaît comme une figure désunie, multiple et sans cesse renouvelée. Pourtant, d'une représentation à l'autre, d'un médium à l'autre, d'une époque à l'autre, certains motifs subsistent. 

De nos jours, Vénus apparait, encore et toujours, sur nos écrans : les réseaux sociaux s'en font le vecteur. Instagram est un médium, aujourd'hui central dans la constellation des réseaux sociaux, qui permet aux images d'être partagées et de circuler. Ce médium informe les images à ses modes techniques de création, de diffusion et de circulation. Ainsi, les conditions d'apparition de Vénus sont, sinon contraintes, du moins soumises au régime médiatique de la plateforme - un régime médiatique qui intègre tout autant des paramètres visuels de composition et d'édition des images, que des logiques commerciales de diffusion et de consommation. De fait, les représentations vénusiennes contemporaines sont sujettes à un double régime, entre actualisation du passé et enjeux actuels. 

Cependant, comment tracer l'apparition, la récurrence de ces motifs ? Quelles sont leurs conditions d'apparitions ? En quoi ces motifs sont-ils révélateurs d'une culture visuelle actuelle ? Comment ces images reflètent les enjeux de la mondialisation et du consumérisme ? A l'aide d'outils numériques, à partir d'une base d'images issues d'Instagram, il s'agira de mettre à jour les caractéristiques centrales de Vénus à l'ère des réseaux sociaux et, surtout, de comprendre la logique derrière ces représentations.

Adrien Jeanrenaud est actuellement doctorant au sein du projet Visual Contagions à l'Université de Genève. Après des études en histoire de l'art ainsi qu'en histoire et esthétique du cinéma entre l'Université de Lausanne et Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il a achevé un Master en Humanités Numériques à l'École nationale des Chartes. Ses recherches actuelles portent sur la circulation des images et la représentation des corps durant le second XXe siècle, à la croisée des sciences humaines et sociales et des outils numériques.


16 h 15

L’étude des représentations du français parlé dans la bande dessinée québécoise à partir du corpus Ébullition

Wim Remysen (Université de Sherbrooke), Anna Giaufret (Université de Gênes, Italie), Philippe Rioux (Université Concordia)

Notre présentation portera sur le corpus Ébullition, une base de données contenant les transcriptions des éléments textuels et spatio-topiques de bandes dessinées québécoises. Au sein du corpus, qui a été constitué afin qu’il soit représentatif de la bande dessinée québécoise au fil de son histoire, se croisent une variété de supports, de modes de production et de genres. 

Ce corpus constitue un précieux matériau pour l’analyse du français parlé, car il en fournit une représentation graphique qui permet de travailler sur les stéréotypes, les marqueurs et les indicateurs. Il permet également de se concentrer sur les formes néographiques qui constituent la frontière entre oral et écrit. Par sa dimension textuelle privilégiant les dialogues, la bande dessinée est aussi un corpus riche pour l’étude des pratiques lexicales, notamment les usages les plus marqués socialement et stylistiquement parlant, souvent plus difficiles à saisir. Ce médium est en d’autres mots un témoin particulièrement intéressant de la langue spontanée et met en scène des pratiques linguistiques souvent difficiles à saisir.

Le corpus Ébullition étant encore jeune, nous aborderons principalement ses fondements et ses applications méthodologiques. Premièrement, nous expliquerons la sélection d’œuvres à l’origine de la constitution du corpus, étape cruciale de toute recherche portant sur des productions sérielles. Deuxièmement, nous insisterons sur la tâche de transcription du corpus, travail qui a été réalisé avec le protocole CBML du langage XML TEI. Troisièmement, nous ferons une démonstration de l’exploitation des contenus du corpus pour rendre compte des représentations de la langue parlée en nous appuyant sur la série Paul de Michel Rabagliati. Nous en profiterons pour explorer quelques utilisations potentielles du corpus afin d’observer l’inscription de la culture populaire québécoise dans les œuvres, laquelle se produit notamment par la reproduction textuelle et graphique de paroles de chansons, de discours médiatiques, d’affiches ou d’enseignes. 

Anna Giaufret est professeur de Langue et traduction française à l’Université de Gênes, en Italie, où elle enseigne la sociolinguistique et la traduction de différents médias (bande dessinée, sous-titrage pour le cinéma, théâtre, etc.). Ses principaux intérêts de recherche sont le français québécois, la bande dessinée, la sociolinguistique francophone, la terminologie, l’analyse du discours et les études mémorielles. Elle travaille depuis plusieurs années sur le français québécois et sur la bande dessinée montréalaise, sujets sur lesquels elle a publié plusieurs articles. Elle est notamment l’auteure de Montréal dans les bulles : représentations de l'espace urbain et du français parlé montréalais dans la bande dessinée, 2021, Québec, Presses de l’Université Laval. Elle collabore aujourd’hui avec l’Université de Sherbrooke à la réalisation d’un corpus textuel de BD, dans le cadre du projet FDLQ (Fonds de Données Linguistiques du Québec), dirigé par Wim Remysen.

Wim Remysen est professeur titulaire en sociolinguistique et en histoire de la langue française à l’Université de Sherbrooke. Ses recherches portent sur les représentations linguistiques et sur la variation du français au Québec, tant dans le passé qu’à l’heure actuelle. Il s’intéresse tout particulièrement à l’évolution du français à Montréal et au rôle de la région métropolitaine dans la dynamique sociolinguistique québécoise. Il est depuis 2013 directeur du Centre interuniversitaire sur le français en usage au Québec (CRIFUQ) dont la mission est de faire avancer les connaissances à propos du français utilisé en contexte québécois. C’est sous sa responsabilité qu’est développée la plateforme du Fonds de données linguistiques du Québec (FDLQ), dont le mandat est de pérenniser et de valoriser le patrimoine linguistique québécois.

Philippe Rioux détient un doctorat de l’Université de Sherbrooke en études françaises incluant un cheminement en histoire du livre et de l’édition. Il est présentement professionnel de recherche à l’Université de Sherbrooke, chargé de cours à l’Université de Montréal et chercheur postdoctoral à l’Université Concordia. Ses travaux portent principalement sur l’histoire de la bande dessinée québécoise et sur la représentation de l’héroïsme et du superhéroïsme au sein de cette production. Il est l’auteur du livre Alter Ego : Éditer la bande dessinée de superhéros au Québec (1968-1995), à paraître aux Presses de l’Université de Montréal. 


16 h 45

Mot de la fin (première journée)

Gabrielle Tremblay (CRILCQ, UQAM)

Gabrielle Tremblay est professeure au Département d’études littéraires de l’UQAM. Ses travaux récents portent sur les liens entre littérature, cinéma et pratiques scénaristiques au Québec. En 2015, elle a publié Scénario et scénariste, un ouvrage dédié à la reconnaissance institutionnelle de l'objet scénaristique dans le monde de l'art cinématographique en France.


Vendredi 27 mai 2022

Session 4 - Animation : Caroline Loranger (CRILCQ, LaboPop, UQAM)

9 h 15

Humanités numériques et éducation en Afrique

Yaovi Akakpo (Université de Lomé, Togo)

Humanités numériques et éducation en Afrique, livre publié sous ma direction en 2021, est l’un des 4 ouvrages issus d’un colloque international que j’ai initié et organisé à l’université de Lomé en 2020, sur le thème : L’innovation sociale dans les Afriques en accélération. Ce colloque a été, en général, un débat sur le présupposé selon lequel la modernité, dans les sociétés africaines également, est marquée du rapport plus ou moins actif entre technologie et société, technologie et innovation sociale, innovation et accélération sociale. 

Puisque l’usage et la fonction du numérique, aussi bien dans les villes que dans les campagnes d’Afrique, illustrent bien ce rapport, j’ai inscrit au colloque un axe thématique intitulé : « Révolution numérique et défis d’innovation sociale et éducative en Afrique ». J’ai espéré, pour les panels consacrés à cet axe thématique, un débat relatif non seulement à la fonction du numérique dans d’éducation, sous toutes ses formes, mais aussi à la place envisagée (au moins) du numérique dans l’innovation éducative et les nouveaux plans de l’éducation en Afrique.

Dans l’ouvrage, j’ai réuni 8 papiers, sélectionnés parmi ceux qui ont été présentés dans les panels de l’axe thématique 3 du colloque de Lomé. En considérant leur contenu respectif, ces papiers peuvent être classés suivant 3 principaux sous-thèmes :



  • L’effet des innovations sur la reconstitution des solidarités en Afrique ;
  • Crise de la parentalité, plans de l’éducation et innovation éducative en Afrique ;
  • Humanisme numérique, impact du journalisme agricole en ligne sur la culture des producteurs agricoles, les obstacles à l’utilisation des TIC.

Dans ma communication, je vais présenter l’ouvrage Humanités numériques et éducation en Afrique en commentant ces trois sous-thèmes, d’une part. Et d’autre part, en complément à la présentation de l’ouvrage, je proposerai, à partir des expériences balbutiantes de mise en ligne cours à l’université de Lomé en temps de covid (2020-2022), un commentaire sur le poids d’un certain apartheid numérique sur l’agenda d’ouverture des humanités numériques. 

Yaovi Akakpo est philosophe. Sa thèse de doctorat d’état d’épistémologie a porté sur Transmutations sociales et tradition de savoir en Afrique. Il est professeur titulaire et enseigne à l’Université de Lomé, où il dirige le Laboratoire d’histoire, philosophie et sociologie des sciences et technologies. Il a été chercheur résident, en 2017-2018, à l’Institut d’études avancées de Nantes. Il est l’auteur de : L’horizon des sciences en Afrique (Bern, Peter Lang, 2009) ; La recherche en philosophie (Paris, L’Harmattan, 2012) ; Science et reconnaissance (Paris, Présence Africaine, 2009) ; Le technocolonialisme (Paris, L’Harmattan, 2019). Sous sa direction, ont été publiés en 2021, chez L’Harmattan, trois ouvrages collectifs : Accélération et innovation sociale ; Humanités numériques et éducation en Afrique ; Aménagement du territoire et sentiers d’économie en Afrique : fonction du bricolage technologique.


10 h

Les pratiques éditoriales et de lecture à l’ère du numérique en Afrique francophone

Denise Sissou-Ivanga (Université Omar Bongo, Gabon)

Une nouvelle révolution est en marche : celle du numérique. De nombreux pays africains au même titre que les pays d’autres continents ont emboîté le pas concernant l’utilisation du numérique, que ce soit dans les pays anglophones (Nigéria, Afrique du Sud, Rwanda, Kenya,…), francophones (Cameroun, Côte d’Ivoire, Bénin, Gabon, Togo, etc.), ou encore arabophones (Egypte, Maroc, Tunisie, Algérie,..), lusophones (Guinée Equatoriale, Mozambique, Angola, São Tomé-et-Principe, …) d’Afrique, cette nouvelle technologie entraîne de nombreux changements dans tous les secteurs qu’elle touche tant elle est pervasive. 

Le monde de l’édition n’est pas en reste face à ce phénomène et connaît beaucoup de mutations tant dans la forme que dans le fond. On parle désormais d’édition numérique ; celle-ci implique de nouveaux enjeux, des perspectives différentes, mais surtout des pratiques et des exigences aux antipodes de celle de l’édition traditionnelle. C’est pourquoi, pour le livre africain qui a toujours rencontré quelques difficultés importantes en ce qui concerne sa réalisation, et même dans la pratique de sa lecture, dont un manque d’engouement se fait quasi ressentir. De ce fait, l’on pourrait se dire que ces deux centres d’intérêt trouveraient dans le numérique une piste de solution pour pouvoir palier définitivement aux maux qui minent le milieu éditorial africain.

En Afrique francophone notamment, cette technologie récente a réellement fait son apparition il y a de cela deux décennies environs, mais on observe une implication lente du numérique dans le milieu éditorial d’Afrique francophone, ainsi l’on pourrait se demander si le numérique peut réellement remédier aux difficultés que rencontre le livre africain depuis sa production jusqu’à sa diffusion, mais encore, peut-on parler d’édition numérique et de lecture numérique dans un pays africain tel que le Gabon ? Afin de répondre à ces interrogations, nous verrons les modifications apportées dans les deux (2) domaines que sont : l’édition et la lecture, puis, le déploiement du numérique dans le milieu éditorial gabonais.

Denise Sissou Ivanga, étudiante en 1ère année de Thèse, est inscrite au sein de la Formation doctorale Lettres Modernes - Littératures Africaines : Littératures, Arts, Imaginaires Culturels (L.A.I.C.) de la Faculté de Lettres et Sciences Humaines (FLSH) à l’Université Omar Bongo (UOB) au Gabon.  

Elle obtint son Baccalauréat en 2012, puis intégra le département de Littératures Africaines où elle décrocha en 2015 son diplôme de Licence en Littératures Africaines, puis son diplôme de Master en Littératures et Cultures Contemporaines soldée par une soutenance en 2019 après avoir fait une spécialité en Littérature Africaine Ecrite. Jeune chercheure au laboratoire du Centre de Recherches en Esthétiques Langagières Africaines (CRELAF) où elle y prépare sa Thèse, ses domaines de recherche s’inscrivent dans les champs suivants : Littératures et médias, Littératures et Sciences Humaines, Littérature Africaine Ecrite. Elle est particulièrement sensible au monde éditorial et à la Nouvelle Technologie de l’Information et de la Communication (N.T.I.C.) qu’est le numérique. Ce qui value la rédaction d’un travail de recherche tel que son mémoire de fin de cycle (Master) intitulé « Littérature (et) numérique : Enjeux et perspectives. Cas du Sénégal » sous la direction du Professeur Charles Edgar MOMBO. 

Actuellement, elle rédige une thèse ayant pour titre : « Littérature (et) numérique en Afrique francophone : enjeux et perspectives » dirigée par le Professeur Charles Edgar MOMBO. 


10 h 30

Visionnement connecté des séries transnationales : quels enjeux pour l’étude des pratique spectatorielles?

Christine Thoër (CELAT, GERACII, UQAM) et Christian Agbobli (GERACII, UQAM)

L’objectif de cette communication est de réfléchir aux enjeux que pose l’étude des pratiques spectatorielles des séries, dans un contexte où les services de visionnement à la demande (VàD) jouent un rôle de plus en plus important dans la production, la circulation et la réception de ces contenus.

Nos réflexions s’appuieront sur une recherche en cours portant sur les pratiques de visionnement connecté des séries transnationales des jeunes adultes (18-25 ans) au Québec (Thoër & Agbobli, 2020). Nous visons à documenter la place des séries produites hors de la zone Nord-Amérique dans les répertoires de consommation des jeunes adultes, à cerner l’intérêt et les modalités d’engagement de ces publics à l’égard des contenus et à voir dans quelle mesure ces expériences de visionnement participent du processus de construction des imaginaires transnationaux (Cicchelli et Octobre, 2017). 

Ce type de questionnements implique de se pencher sur la façon dont les individus découvrent, visionnent et s’approprient les textes sériels, processus qui mobilise d’autres pratiques et contenus (échanges hors ligne et en ligne, usages de paratextes), favorisant une narration enrichie et transmédiatique (Boni 2011). Nous visons également à identifier la liste des séries transnationales visionnées par les jeunes adultes et à cerner leurs caractéristiques. Hill (2018) insiste en effet sur l’intérêt de ne pas évacuer la série en tant que telle (format, genre, esthétique, narration), même si c’est l’expérience spectatorielle qui est au centre de la recherche. S’interroger sur les conditions de production et la circulation de ces contenus dans l’écosystème médiatique numérique est aussi capital, tant ces activités impactent le processus de réception, en plus de s’influencer réciproquement (Mittell, 2015).

Ce type de projet nécessite de déployer un cadrage théorique et méthodologique adaptatif, procédant par aller-retours successifs du micro au macro, afin de faire varier la focale de l’analyse (Coutant et Domenget, 2020), de croiser différentes perspectives disciplinaires et de trianguler une diversité de méthodes : enquête quantitative, entretiens semi-dirigés, analyse des traces numériques, étude de cas de quelques séries transnationales populaires (conditions de production et de circulation, analyse sémiotique de certains moments mentionnés par les participant.e.s aux entretiens comme « zone de participation plus intense » (Berton et Boni 2019 : 25). 

Christine Thoër, Ph.D sociologie, est professeure titulaire au département de communication sociale et publique de l'UQAM. Elle est chercheure au Centre de recherche Cultures-Arts et Sociétés (CELAT) et au Groupe d’études et de recherches axées sur la communication internationale et interculturelle (GERACII). Ses recherches actuelles portent sur les pratiques de visionnement de séries des jeunes adultes en contexte numérique, l’expérience des récits sériels et leur mobilisation dans le processus de construction identitaire et du rapport à l’autre.

Christian Agbobli, Ph.D communication, est professeur titulaire, Université du Québec à Montréal et membre du groupe d’études et de recherches axées sur la communication internationale et interculturelle (GERACII). Ses recherches portent sur la Communication interculturelle et internationale, la circulation et la découvrabilité des contenus culturels francophones sur les plateformes de visionnement à la demande, les diasporas et les usages des technologies numériques.


11 h - 11 h 10

Pause


Session 5 - Animation : Olivier Lapointe (CRILCQ, UQAM)

11 h 15

L’esthétique et les humanités dans l’art télématique, à partir de l’œuvre d’art collective La plissure du texte de Roy Ascott

Christel Godzik (Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, France)

A l’aube des années 80, le développement des réseaux et des terminaux, facilitent les communications, réduisent les distances et in-extenso permettent la création d’oeuvres à plusieurs. L’enjeu est ici de mettre en avant ces nouvelles formes technologiques, communicantes et les retombées émotionnelles de cet art de la communication.

Roy Ascott, théoricien et artiste britannique, a développé la notion utopique d’auteur partagé de part ses divers projets mettant en relation des groupes d’artistes à distance, reliés par des réseaux télématiques. La Plissure du texte, de Roy Ascott, crée et exposée au musée d’Art moderne en décembre 1983 à Paris, a permis d’entrevoir de nouvelles formes d’écriture, de signes, d’une histoire non linéaire, à rebours, grâce à l’interaction et la prise en compte de chaque participant invités pour cet évènement. Cette forme de création nouvelle s’envisage autour d’un plaisir du texte, se rapprochant du sémiologue et philosophe Roland Barthes, de ses mythologies et archétypes, dans la construction de ce « conte de fée » planétaire par Ascott.

En changeant de paradigme la représentation de l’art, ces nouvelles sensibilités et cette notion de relation, sont à envisager comme des utopies, ayant pour objectif une approche humaniste et sociale.

Christel Godzik est une enseignante française en Arts plastiques et Cinéma audiovisuel, et commence en 2021 un doctorat de recherche-création en Esthétique et sciences et technologie de l’art à l’université Paris 8, sous la direction de Patrick Nardin et en co-direction avec Carole Nosella.

Son sujet de thèse Media burn, des images à ré-animer, concerne les média-techniques audiovisuels, notamment en rapport avec les œuvres d’art télématiques et leur problème de sauvegarde, de devenir et de re-médiatisation. Elle s’intéresse par ailleurs à des esthétiques électroniques primitives, aux matériaux hors-d’usage et à l’ensemble des « média-techniques » selon l’expression de Friedrich Kittler, dans une approche liée à l’archéologie des média.

Ses pratiques artistiques revisitent les média morts une fois déconnectés des réseaux et mis au rebut comme les Minitels, afin de leur redonner de nouvelles formes d’expression, de communication, « d’images-relation » ou de visions poétiques via des réseaux internes à l’appareil ; d’un autre côté elle effectue des prises de vue subaquatiques et est responsable d’une commission photo.

Lors de son Master recherche à l’université Paris 1 - Sorbonne en Arts et médias numériques dirigée par Françoise Parfait et Pierre Damien Huygue, elle a exposé à Main d’Oeuvres, centre de création et de diffusion, un jeu combinatoire numérique – The tic tac toe virus game, pour 2 joueurs avec des règles préétablies. Dans le cadre de projets artistiques, des articles de presse paraissent régulièrement dans sa région pour son implication auprès des jeunes dans le domaine du cinéma.


11 h 45

Une analyse thématique en continu des discours haineux du public praeter hoc #DoctorWhoFlux

Dominique Gagnon (UQAM)

Les réseaux socionumériques permettent la mise en place de fandoms, des « communautés de pratiques » (Wenger, 1998) où les fans se regroupent afin d'exprimer leur appréciation pour un objet donné, en l'occurrence une production médiatique (Hills, 2015, Jenkins, 2006). Ce terrain d'expression numérique a aussi inspiré de nouvelles pratiques de réception qui permettent aux membres d'un fandom d'interagir avec leurs pairs et de développer un sentiment d'appartenance (Bourdaa, 2012, 2021). Cependant, ces réseaux permettent aussi la circulation de discours haineux et violents propagés par des individus appelés « anti-fans » (Gray, 2003), dont la visibilité s'accroît depuis le développement du Web 2.0. (Jane, 2019). Cette communication s'intéresse à la réception d'un épisode de la plus récente saison de la série de science-fiction britannique Doctor Who par ses anti-fans sur la plateforme Twitter. Les données qui seront présentées dans cette communication sont le résultat d'une analyse thématique en continu (Paillé et Mucchielli, 2016). Cette méthode inductive « consiste en une démarche ininterrompue d'attribution de thèmes » (ibid., p. 272), qui sont ensuite regroupés en thématiques centrales. Cette méthodologie s'est avérée la plus appropriée en raison du manque de précision conceptuelle entourant le concept d'anti-fan, lequel sera explicité lors de la présentation.

La première partie de cette communication se veut assez traditionnelle. Elle débutera par une brève contextualisation entourant la production en question et les particularités liées à son fandom, avant d'expliquer la méthodologie. Les résultats seront quant à eux présentés sous la forme d'une analyse critique vidéographie. Cette modalité de présentation des résultats est habituellement réservée à l'analyse de productions audiovisuelles, puisqu'elle permet de mobiliser directement des extraits de l'oeuvre analysée (Keathley et al., 2019). Comme la communication l'illustrera, le fait de mobiliser des extraits audiovisuels relatifs à l'épisode commenté par la communauté étudiée permet de replacer les résultats dans leur contexte. Les avenues possibles de recherches sur les anti-fans en contextes québécois et francophones seront aussi explorées brièvement.

Dominique Gagnon est étudiante au doctorat en communication à l'Université du Québec à Montréal. Après s'être intéressée à la représentation de l'actualité politique dans l'émission Saturday Night Live dans le cadre de son mémoire de maîtrise, Dominique a décidé de se pencher sur les études de fans dans le cadre de ses études doctorales. Plus précisément, elle s'intéresse au phénomène des anti-fans, qui sont des individus proposant des lectures oppositionnelles de diverses productions médiatiques et culturelles et dont les pratiques sont encore à ce jour peu documentées empiriquement. Pour sa thèse, elle s'intéressera spécifiquement aux pratiques anti-fanniques liées aux représentations des féminités aux sein de franchises médiatiques féminisées. Dominique fait partie du collectif d'auteur-trice-s de la nouvelle édition du Doctor Who Reader. Cette première contribution scientifique au sous-champ des études de fans lui permet d'étudier la réception de la treizième saison de la série Doctor Who par ses téléspectateur-trice s occasionnel·les. Elle est aussi co-autrice d'un article qui sera publié dans le prochain numéro de la revue Cahier d'école sous la thématique de « l'utile », qui se veut un plaidoyer sur la pertinence et l'utilité des études de fans dans le milieu universitaire.


12 h 15

Découvrabilité et consommation diversifiée des contenus culturels francophones en ligne : les défis de la recommandation et de la mise en valeur

Destiny Tchehouaili (GERACII, UQAM)

L'espace francophone dispose d’une riche diversité de contenus et d’expressions culturelles et artistiques ; mais les tendances de la mondialisation culturelle à l'ère numérique ne vont pas de manière spontanée dans le sens de l’accessibilité et de la découvrabilité en ligne des productions culturelles francophones (Tchéhouali, Agbobli, 2020). En effet, les activités liées à la diffusion et la distribution de contenus culturels numériques requièrent un important travail de curation et de recommandation afin de permettre aux usagers des plateformes de découvrir des contenus (qui d’ailleurs ne correspondent pas toujours à leurs goûts et préférences), en se frayant un chemin dans des catalogues qui rivalisent désormais de dizaines de millions de titres. L’offre des plateformes mondiales de streaming est ainsi conçue et exposée de telle sorte à créer des goûts nouveaux et à répondre à la demande globale d’une culture « mainstream », supposée plaire à tout le monde. Après plusieurs études de cas que nous avons réalisées au cours des dernières années, on peut à présent démontrer que les géants du Web exercent différents types de contrôle et de prescription sur les choix de consommation culturelle, influencés par leurs modèles d’affaires, qui conduisent à des écarts très significatifs entre les contenus les plus populaires (les best-sellers) et d’autres contenus moins connus ou plus faiblement consultés (comme les contenus francophones). La menace d’une standardisation et d’une concentration de l’offre de contenus est ainsi plus présente que jamais, d’autant plus que le rôle des algorithmes est prégnant dans les processus systémiques de « découvrabilité programmée » des contenus en ligne. Cette communication vise à montrer comment la « recommandabilité » (soit le potentiel d’un contenu à se faire recommander de manière récurrente par une plateforme, par des usagers ou par d’autres dispositifs qui hiérarchisent systématiquement les niveaux de visibilité et de mise en valeur, en lien avec la capacité du contenu à attirer l'attention ou à satisfaire un vaste auditoire) constitue un véritable frein pour accéder, découvrir et consommer la diversité de contenus culturels francophones nationaux qui sont disponibles sur les plateformes transnationales telles que Netflix, Deezer ou Spotify, notamment lorsque ces contenus sont très peu mis en valeur ou ne sont pas recommandés à un public qui n'en connaissait pas l'existence.  

Destiny Tchéhouali est Professeur au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et co-titulaire de la Chaire Unesco en communication et technologie pour le développement. Il est également co-directeur du Groupe d'études et de recherches axées sur la communication internationale et interculturelle (GERACII). Ses travaux actuels portent, entre autres, sur la circulation, la découvrabilité et la consommation des contenus culturels et médiatiques nationaux (des pays francophones) sur les plateformes transnationales. Il est l’auteur de plusieurs recherches, de publications d’ouvrages, d’articles scientifiques et de rapports d’étude traitant de ces questions, et réalisés pour le compte de l’Organisation internationale de la Francophonie/OIF, de l’Unesco, de la Commission européenne, ainsi que des Gouvernements du Canada/Québec, de la France et d’autres pays africains. Il est par ailleurs membre du comité scientifique de l'Observatoire de la langue française de l'OIF, Président du Conseil scientifique de l'Agence francophone pour l'Intelligence artificielle (AFRIA) et Président du Conseil d'administration du Chapitre québécois de l'Internet Society (ISOC Québec).  


12 h 45

Mot de clôture

Stéfany Boisvert (CRILCQ, UQAM)

Journée d'étude

Icône de calendrier
jeudi 26 mai 2022, 10:00 au vendredi 27 mai 2022, 13:00
Icône de lieu
Université du Québec à Montréal (UQAM) - Salle Pierre Bourgault - J-1450

Affiche

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